Alinat Jean

Alinat Jean

Le 19 juillet 2015, il est le dernier des pionniers de la plongée sous-marine à disparaître

This 19th july 2015, He is the last of the pioneers of scuba diving to disappear.

Jean Alinat est né le 21 juin 1917 à Agde. Sa première plongée fut impromptue et très précoce. Il avait 3 ans et glissa dans l’eau. La sensation fut bonne, et ne l’avait pas le moins du monde effrayé. C’était sur la plage de Sormiou, où ses parents, alors résidents à Marseille venaient passer leurs dimanches après-midi. Au soir de sa vie, il s’en souvenait encore très distinctement.

Il entre à l’école en 1934 et en sort diplômé de la promotion 1937. Il devient enseigne de vaisseau de 2ème classe en septembre 1939, enseigne de 1ère classe en octobre 1940, puis Lieutenant de vaisseau en juillet 1945. Il débute sa carrière d’officier de Marine en janvier 1946 sur le « Dragueur de mines 326 », un YMS en bois, sistership du YMS 826 (future Calypso *).

* c’est d’ailleurs sur les conseils de Jean Alinat que Cousteau se décidera pour  un YMS.

A sa demande, le 7 juillet 1947, il intègre le Groupe de Recherches Sous-marines (GRS), créé deux ans plus tôt par Philippe Tailliez, Jacques-Yves Cousteau et Frédéric Dumas. Là il fait son apprentissage de la plongée, au contact même du trio qui en inventa les contours et le matériel. Il devient second du GRS lorsque Cousteau prend le commandement du bateau support de plongée Elie Monnier, nouvellement acquis au GRS. Il démontre rapidement des qualités exceptionnelles et marque de son empreinte le GRS. Jean Alinat invente la notion de plongées successives, et leur fameux « coefficient de majoration ». Les tables de plongées successives de la Marine Nationale seront jusqu’à leur complète refonte en 1959, les tables Alinat. Son apport au premier manuel de plongée « La Plongée en Scaphandre » coécrit par Dumas, Cousteau, Tailliez, Alinat et Devilla, est en cela essentiel.

Il prend part en 1948 aux premières fouilles archéologiques sous-marines, sur l’épave de Mahdia en compagnie de Cousteau, Tailliez et Dumas.

Alinat est affecté sur le Duguay Trouin en février 1949, puis en Indochine en janvier 1950, à Saigon, où la France est en guerre. Non contents d’occuper les rives et les îlots du Mékong, les vietminh utilisent des équipes de plongeurs, qui, sans masque ni palmes, respirant en surface avec un simple roseau, coupent les amarres des bateaux français, posent des mines sous les coques, récupèrent des armes. Le 28 mai 1949 le dragueur de mines « GLYCINE » en patrouille sur le Mékong sombre corps et biens par 25 mètres de fond. Il a sauté sur une mine actionnée de la berge par les vietminh. Pour que l’épave ne soit pas pillée de ses armes, de ses munitions, de ses explosifs et matériels de guerre, le Lieutenant Alinat propose d’aller les récupérer en scaphandre autonome. Après accord de l’Amiral, en pleine nuit, accompagné de Guy Morandière, également formé au GRS,  Jean Alinat plonge et renfloue la cargaison de l’épave de la « GLYCINE », ainsi que ses affûts de canons et de mitrailleuses, avant de faire sauter l’épave. Cette intervention met en lumière les services que peuvent rendre des plongeurs exercés et résolus, dans une région typiquement amphibie comme l’Indochine. C’est ainsi qu’Alinat et Morandière sont chargés de créer une Section d’interventions sous-marines et de former et d’équiper des plongeurs. A cette rude et obscure école de l’eau douce, les hommes formés par Alinat, après être rentrés en France, deviennent les cadres des unités de plongeurs démineurs.

Lui-même rentre d’Indochine en juin 1951 et passe quelques mois à Toulon avant d’obtenir le grade de Capitaine de Corvette et de prendre le 8 octobre 1951, le commandement de l’Elie Monnier du GRS devenu GERS (Groupe d’Etudes et de Recherches sous-Marines)suite au départ du Commandant Houot. Durant deux ans, jusqu’en octobre1953,il s’illustre encore par des apports essentiels aux équipements de plongée. Contribue à la mise au point de l’appareil DC52, appareil recycleur en circuit semi fermé, pour plongées jusqu’à 60 m. Il participe aux essais des premiers scooters sous-marins, ainsi qu’aux premiers traîneaux, utilisés par les plongeurs démineurs. Il contribue au premier plan à la mise au point du scaphandre à circuit fermé OXYGERS en 1952.

Il devient commandant de l’école des Nageurs de Combat de la Marine d’octobre1953 à novembre1956. Au cours d’une plongée de routine à Cap Martin, sur un fond de 28 m où il reste 30 minutes, il fait un accident de plongée dit « immérité ». Quinze minutes après être sorti de l’eau il se retrouve paraplégique. Aucun caisson de recompression aux alentours. On le fait regagner Toulon en voiture pour rejoindre le caisson hyperbare. La route est un vrai supplice. Deux heures après il retrouve l’usage de ses jambes, mais il lui faudra plusieurs années pour retrouver ses pleins moyens.

Il obtient alors le grade de Capitaine de Frégate et devient second du TARTU jusqu’en juin 1957.

A la demande de Jacques-Yves Cousteau, il est mis en mission Hors Cadre pour le ministère de l’Education Nationale pour être son adjoint à la Direction du Musée Océanographique de Monaco. Poste qu’il occupera pendant 32 ans. En janvier 1966 il demande sa mise à la retraite et continue à travailler avec Cousteau jusqu’au départ de celui-ci en 1989.

Jean Alinat contribue très fortement aux progrès dans la compréhension de la physiologie de la plongée, la plongée à saturation, la plongée aux mélanges. Bien avant les hautes heures des expériences Comex des années 70, 80 et 90, Alinat est une référence, au même titre que le Docteur Cabarrou, que le Professeur Chouteau, ou que le docteur Fructus. Il n’est ni médecin, ni physicien, ni ingénieur. Il est tout cela à la fois. Il a beaucoup œuvré auprès de Cousteau dans les grandes œuvres de la pénétration du monde sous-marin, mais aussi de l’océanographie. Il a une compréhension des phénomènes, une hauteur de vue, une maîtrise de toutes les avancées technologiques, et une capacité de synthèse qui font de lui une sorte de génie, que l’on consulte, et dont l’analyse est extrêmement précieuse. Les succès des opérations Précontinent1, 2, et 3 lui doivent beaucoup. La Troika, l’Amphitrite, les bouées laboratoires, les relevés bathymétriques RANA, les magnétomètres, et même l’Alcyone, lui doivent quelque chose.

Son grand trait de caractère est son humilité, son absence de revendications égotiques. C’est un homme qui en impose, qui a une prestance et une autorité naturelle, et qui sait, en officier de marine, ce que diriger une équipe veut dire. Vous ne trouverez pas beaucoup de photos de Jean Alinat, ou alors en arrière-plan. Pourtant il était de toutes les grandes heures de la conquête du milieu sous-marin, comme maître d’œuvre, comme penseur, œuvrant en coulisses, veillant à tous les rouages, faisant des nuits blanches quand des océanautes jouaient leur vie sous sa responsabilité. Sa place à lui n’était pas celle du chef d’orchestre. Il avait beaucoup trop de respect et d’admiration pour vouloir lui faire de l’ombre. Il a partagé avec Cousteau ses rêves les plus fous et a donné de son génie et de sa personne pour les concrétiser, mais sans jamais chercher le devant de la scène.

Il sera néanmoins honoré plusieurs fois : Officier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre, Mérite maritime, Palmes académiques.

Il décède à l’âge de 98 ans. Un très grand monsieur disparaît.

__________________________________________________________________________

Translation by Christian Jeanrond

Jean Alinat was born on June 21, 1917, in Agde. His first dive was impromptu and very early. He was only 3 years old when he slipped and fell into the water. He felt good, not the least frightened. It was on the beach of Sormiou, where his parents -then Marseille residents- came to spend their Sunday afternoons. On the dusk of his life, he still remembered all that very distinctly.

Jean entered the French Naval School in 1934 and graduated in 1937. He became Ensign 2nd Class in September 1939, First Class in October 1940, then Lieutenant in July 1945. He began his career as naval officer in January 1946 on the wooden hulled Minesweeper “YMS 326" ( a sistership of YMS 826, the future Calypso *).

 * It is on Jean Alinat’s advice that Cousteau’s choice will later be in favor of a YMS.

At his request, on July 7, 1947, he joined the underwater research group (SRG), created two years earlier by Jacques-Yves Cousteau, Philippe Tailliez and Frédéric Dumas. There he is taught diving by the very trio who invented the activity and the equipment. He became the GRS second in command when Cousteau was assigned command of the GRS newly acquired "diving support vessel" Elie Monnier.

He quickly demonstrated exceptional qualities and set his mark on the GRS. Jean Alinat invents the concept of successive/consecutive dives, and their famous "majoration factor". The French Navy's diving tables would be Alinat's until their complete overhaul in 1959. His contribution to the first scuba diving manual co-written by Dumas, Cousteau, Tailliez, Alinat and Devilla ("La Plongée en Scaphandre") is fundamental.

In 1948, he took part in the first underwater archaeological excavations on the wreck of the Mahdia, along with Cousteau, Tailliez and Dumas.

Alinat is assigned to the Duguay-Trouin in February 1949, and sets for Saigon (then "French Indochina") in January 1950, where France is at war. Not only occupying the shores and Islands of the Mekong, the Vietminh also use teams of divers, who without mask or fins, breathing on the surface through a single reed straw, cut the moorings of the French boats, lay mines under their hulls and recover weapons. On May 28, 1949, the Mekong patrolling Minesweeper "Glycine" is sunk with all hands by a mine remotely operated from the shore by the Vietminh. Alinat offers to recover its load of weapons, ammunition and explosives now resting at 25m depth using scuba. After receiving the Admiral's clearance, Jean is joined by Guy Morandière (also formed in the GRS) manage in the middle of the night to salvage the Glycine's cargo, as well as its mounted cannons and machine guns. Finally they blow up the wreck. This intervention highlights the services that trained and determined divers can render in typical amphibious regions like Indochina. Alinat and Morandière are thus assigned to create a unit for underwater interventions and train and equip divers. It is in this rough and obscure "freshwatered school", that Alinat forms, upon his return to France, the men that would become the clearance divers' first officers.

Alinat himself returned from Indochina in June 1951 and spent a few months in Toulon before obtaining the rank of Corvette Captain and take, following the departure of Commander Houot, command of the Elie Monnier on 8 October 1951. The GRS is renamed GERS, Groupe d’Etudes et de Recherches sous-Marines.

For two years, until octobre1953, he again makes essential contributions to the development of diving equipment. One is the semi-closed DC52 rebreather unit, for dives up to 60 m. He is involved in trialing the first underwater scooters, as well as the first sleds used by clearance divers.

Jean also makes primordial contributions to the development of the oxygen rebreather OXYGERS in 1952. He is Commander of the French Navy’s school of combat swimmers from October 1953 to November 1956. During a routine dive at Cap Martin, with a depth 28 m where he stayed for 30 minutes, he suffers a so-called "undeserved" diving accident. Fifteen minutes after leaving the water he finds himself paraplegic, with no recompression chamber in the vicinity. They have him carried by car to Toulon’s hyperbaric chamber. The journey is a real torment. Two hours later he recovers the use of his legs, but it will take him several years to regain his full capabilities. He is promoted Frigate Captain and second in command on the Tartu until June 1957.

At the request of Jacques-Yves Cousteau, Alinat is given an “Off Service” assignment at the Department of Education to be Cousteau’s assistant at the Oceanographic Museum of Monaco. A position Jean Alinat will hold for 32 years. In January 1966 he demands his retirement but continues to work with Cousteau until his departure in 1989.

Jean Alinat contributes greatly to advances in the understanding of diving physiology, saturation diving and mixed-gas diving. Well before the heydays of Comex’ experiences in the ‘70s, ‘80s and ‘90s, Alinat becomes a reference, just as Dr Cabarrou, Professor Chouteau, or Dr Fructus. Jean is neither a doctor nor a physicist or an engineer. He nevertheless is a bit of all that at once. He worked hard with Cousteau in the great works of the underwater world penetration and oceanography. Jean Alinat had an understanding of phenomena, a high level oversight, a mastery of all technological advances and a capability for synthesis which made him a kind of genius to be consulted and whose analysis was considered extremely valuable. The 1, 2, and 3 Conshelf Experiments owe him a lot of their success. The Troika, the Amphitrite, laboratory buoys, bathymetric RANA, magnetometers, and even Alcyone, all owe him something.

His great character trait was his humility, his lack of egotistical demands. This is a man who imposes himself through mere presence and natural authority. As a naval officer, he knows what it means to lead a team. You will not find many pictures of Jean Alinat, or maybe with him in the background. Yet he was involved in the finest hours of the underwater environment’s conquest, as prime contractor, as a thinker, working behind the scenes, monitoring all processes, having sleepless nights when the Aquanauts put their lives in his hands. He never saw himself as being the front man. He had too much respect and admiration for the latter. With Cousteau, Alinat shared his wildest dreams and provided his genius and energy to achieve them, but never wanted the stagelights.

Jean Alinat was nevertheless honored with many distinctions: Officer of the Legion d’Honneur, War Cross, Maritime Merit, Academic Palms.

He died at the age of 98. A truly great man disappeared.


Images

  • Scanned-104-Copie.jpg

Recently Uploaded

cozumel, mexicali, diveuntilyoudie
Open omar_segura Taken by: omar_segura Taken on: 07/2017
cozumel, mexicali, diveuntilyoudie
Open omar_segura Taken by: omar_segura Taken on: 07/2017